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EXPOSITION EN COURS...

Tout au long de l'année, 4 expositions temporaires sont présentées et permettent de découvrir les créations d’artistes contemporains ! 


16 octobre 2016 - 8 janvier 2017

LEM, Street-artiste


C’est une première entre les murs de la Maison Matisse : nous accueillons un street-artiste qui non seulement expose ses toiles et sculptures, mais a également réalisé une fresque murale inédite, in situ. Deux jours de travail pour un résultat spectaculaire, malheureusement éphémère…

 

Mais pour Antoine Leman, alias LEM, la disparition des œuvres est une condition quasi sine qua non de ses recherches picturales. Né en 1983, ce jeune artiste originaire de Roubaix cultive depuis tout jeune une passion pour le dessin et la peinture.

Lycéen, il barbouille de couleurs les murs gris de sa ville et se choisit une signature : ce sera « LEM », les trois premières lettres de son nom de famille. Son pseudonyme s’accompagne très vite d’un personnage au corps rectangulaire et aux gros yeux ronds, tout en lignes simplifiées. Le « bonhomme » devient la marque de fabrique de l’artiste dès 2004.

 

Nourri à l’art brut, inspiré par Matisse, Basquiat et Keith Haring, Lem dévore les bandes dessinées, digère les couleurs et savoure, dit-il, le « tape-à-l’œil ». Son art mixe les références pour mieux inventer une nouvelle manière de conquérir les murs : les formes simples, très graphiques et lisibles par tous, sont déclinées à l’envie. Le street-artiste débutant privilégie le noir et blanc, le simple, l’épuré…le moins onéreux aussi, car la couleur coûte cher.

                                                    

A la faculté, les journées sont longues, et LEM a beaucoup de loisirs. Peu à peu, il troque les bombes pour le pinceau et prend le temps de peaufiner ses dessins… en lui, l’artiste se fait jour. Chaque nouvelle œuvre réveille l’audace de s’emparer d’un fragment de ville, le désir d’imposer sa marque au milieu des autres street-artistes. L’émulation tient une grande place dans cet univers codifié ; entre paléographie et jeu de piste, les graffeurs se reconnaissent, se suivent, s’admirent et se respectent.

 

L’univers de LEM s’élargit, et avec lui, ses possibilités graphiques et plastiques ; un jour, au détour d’une rue, il fait la connaissance de Machu, un artisan sculpteur à la retraite. Dans son atelier, où les maquettes de Géants des Flandres côtoient les saucissons Cochonou géants, le street-artiste découvre les volumes et se familiarise avec les techniques et les supports de la sculpture. Il loue une partie de l’espace, et commence à créer ; en résine de polyester, en bois, en béton… sur des chaussures, des voitures, des meubles… les essais transformés confortent l’artiste dans sa démarche, et lui amènent aussi la notoriété.

LEM est invité dans les hôpitaux, les IME, les EHPAD, mais aussi les écoles primaires ; avec tous les publics, quelles que soient leurs différences, il partage son art avec simplicité, dans le plaisir de la création décomplexée. Chargeant ses silhouettes ovoïdes ou ses totems inspirés des moaïs de l’Île de Pâques de coloniser les vides, l’artiste les repeuple de symboles et de sourires. Les espaces qu’il redécore deviennent ou redeviennent ainsi des lieux de vie partagée que chacun prend plaisir à s’approprier.

 

Toujours plus grandes, toujours plus colorées… les fresques de LEM, comme autant de défis personnels, s’affichent fièrement au coin d’une rue, sur des murs grisâtres qu’elles tirent de l’anonymat. Car l’artiste n’est pas un vandale : son choix se porte avant tout sur des endroits oubliés, maisons abandonnées ou bâtiments voués à la destruction. Ses œuvres, condamnées à disparaître sous les coups des engins de chantier, naissent dans le silence des friches industrielles, dans l’ambiance étrange d’un lieu qui, déserté par les hommes, n’en finit plus de mourir.

Dans les villes du Nord saignées à blanc par la crise, les usines fermées interpellent : comment garder la trace de ce passé prestigieux, aujourd’hui douloureux ? Avec le motif de la cheminée, qu’il décline en plusieurs versions, LEM propose lui aussi une réflexion sur la désindustrialisation comme poétique du déclin.

 

Quand la grisaille cède à la couleur, bonhommes ahuris, baleines amoureuses et panthères alanguies réinjectent de la vie dans les rues mornes ; et les clichés exposés à la Maison Matisse, reflets du travail du street-artiste, sont autant de visions de cet univers marqué et déstabilisé, que la couleur rend à lui-même, le temps d’un dessin.